La Malhoure et la ferme du Grand Clos

  • La Malhoure, "berceau" de la famille RENAUD depuis au moins 1695

 

La présence des premiers ancêtres RENAUD (orthographe de l'époque) est signalée dès le XVIIème siècle à La Malhoure, localité située à quelques kilomètres au sud de Lamballe (Côtes d’Armor), ainsi qu’en atteste l'acte de mariage de François RENAUD et Jeanne THOMAS le 3 novembre 1695 (voir ci-dessous).

   

Mariage de François RENAUD et Jeanne THOMAS à La Malhoure le 3 novembre 1695.
Mariage de François RENAUD et Jeanne THOMAS à La Malhoure le 3 novembre 1695.

 

Rien ne précise, avant 1730, le domicile exact des RENAUD sur la paroisse de La Malhoure (on ne parle pas encore de commune).

  • La ferme du Grand Clos, domicile de la famille RENAUD durant plus de 150 ans.

 

A partir de 1730, et probablement plus tôt encore, c’est précisément à la ferme du Grand Clos, non loin du bourg et du château de la Roche, qu’il faut voir l’origine de nos ascendants les plus proches.

Ils y ont exploité la ferme durant plus d’un siècle et demi, en louant sa terre aux propriétaires successifs.

 

Plan-terrier du duché de Penthièvre, années 1785-1789, extrait La Malhoure (cliquer pour agrandir)
Plan-terrier du duché de Penthièvre, années 1785-1789, extrait La Malhoure (cliquer pour agrandir)

Cette ferme, qui est toujours exploitée de nos jours, est mentionnée de façon constante dans les actes paroissiaux des RENAUD de 1730 à 1869.

 

Elle a peut-être été exploitée par la famille RENAUD dès le XVIIème siècle, mais aucun acte antérieur à 1730 ne l'atteste actuellement.

 

De nombreuses générations de RENAUD se sont succédées pour tenir la ferme du Grand Clos durant au moins 150 ans : 

 

  • Mathurin RENAUD, né en 1700 à La Malhoure, habitant le Grand Clos avant 1730
  • Jean RENAUD, né en 1730 au Grand Clos
  • François RENAUD, né en 1758
  • Jean RENAUD, né en 1796
  • François RENAUD, né en 1822, frère aîné de joseph RENAUD (ascendant direct né en 1834), qui sera le dernier à tenir la ferme jusqu'à son décès en 1869.  
Acte de naissance de Jean RENAUD le 26 mai 1730, attestant que le domicile des parents est situé au Grand Clos
Acte de naissance de Jean RENAUD le 26 mai 1730, attestant que le domicile des parents est situé au Grand Clos
  • La fin de la présence des RENAUD au Grand Clos.

Les recensements de la population permettent de suivre, de 1836 à 1872, la présence puis le départ de la famille RENAUD du Grand Clos.

 

Le tableau ci-dessous résume ces données (cliquer pour agrandir).

En 1836, la ferme est tenue par Jean RENAUD et sa femme Françoise HERCOUËT.

La ferme est alors très peuplée, et l'on dénombre 10 membres de la famille logés sous le même toit, puis 11 en 1841.

 

Jusqu'en 1856, la famille comprend toujours environ 8 membres, qui ne sont pas tous dénombrés en raison de certaines absences au passage de l'agent de recensement.

C'est le cas de Joseph RENAUD qui, âgé de 22 ans en 1856, se trouve alors mobilisé en pleine guerre de Crimée.

 

Au décès du père Jean RENAUD en 1856, c'est son fils aîné François RENAUD qui reprend la ferme. Ce dernier s'est marié l'année précédente à Jeanne Marie BROUTE qui a quitté sa commune de Plénée et qui habite désormais au Grand Clos.

 

Les frères et sœurs de François quittent tous progressivement la ferme, à l'instar de Joseph qui, revenu un bref moment de Crimée, va se rendre au Gouray pour tenir le bureau de tabac disponible auquel il peut prétendre en tant que pensionné de guerre. Il s'y mariera à Azeline LE BLAIN et y aura ses 9 enfants, dont Jean Baptiste RENAULT, futur instituteur de Trémeur.

 

Ainsi en 1866, seuls restent au Grand Clos François, son épouse et leurs 4 enfants, ainsi que son frère Mathurin qui se mariera en 1869 et quittera à son tour le Grand Clos.

 

Dans la nuit du 6 au 7 juillet 1869, François RENAUD qui n'a que 47 ans, meurt soudainement au Grand Clos et laisse après lui sa femme de 32 ans et leurs 6 enfants dont le dernier n'a que 7 mois.

Cette mort précoce va entraîner une rupture profonde et définitive entre la famille RENAUD et le Grand Clos, dont elle n'est que locataire depuis le début.

 

Jeanne Marie BROUTE, veuve de François, a 35 ans en 1872 et habite toujours au Grand Clos où elle élève ses enfants, au nombre désormais de 6, âges de 13 ans à 3 ans. Elle tient encore courageusement la ferme, mais à l'évidence, ses conditions de vie sont très difficiles. 

 

Faute de pouvoir conduire seule la ferme et en assurer des revenus suffisants pour faire face au loyer, Marie Jeanne va devoir prendre une décision importante.

 

Le recensement de 1876 n'indique plus aucun RENAUD au Grand Clos : Jeanne Marie BROUTE et ses enfants RENAUD n'habitent plus la ferme. Une page s'est tournée et les derniers descendants de la longue "dynastie" RENAUD qui aura habité le Grand Clos durant plus de 150 ans ont définitivement quitté les lieux.

 

Il nous faut désormais suivre les RENAUD (RENAULT) au Gouray puis à Trémeur. 

  • L'extinction des RENAUD de la Malhoure.

En dehors du Grand Clos, il restera cependant quelques temps à La Malhoure des descendants de la famille RENAUD.

 

Amélie (Emilie) RENAUD, sœur de François est née au Grand Clos puis à quitté la ferme à l'occasion de son mariage en 1852 avec Louis GERMAIN. Elle habitera désormais le bourg, et aura des descendants dont Adèle GERMAIN qui habitera La Malhoure durant toute sa vie.

 

Adèle GERMAIN, rencontrée en 1982 lors des premières recherches généalogiques, a livré plusieurs informations intéressantes sur le passé des RENAUD à La Malhoure, que l'on peut en partie trouver dans les annexes.

 

Avec son décès vers 1990 s'est éteinte définitivement la longue histoire des RENAUD à La Malhoure.

 

  • Du Grand Clos à la Hunaudaye : le devenir des cousins RENAUD de La Malhoure.

Jeanne Marie BROUTE et ses enfants constituent la branche cousine des RENAULT du Gouray, celle qui est restée encore quelques années à La Malhoure alors que Joseph en est parti.

 

Les enfants de François RENAUD naissent à la même époque que ceux de Joseph au Gouray, et une certaine proximité entre les deux branches cousines existe probablement au début, au point que l'année 1864 voit la naissance de Victor RENAULT au Gouray et de Victorine RENAUD à La Malhoure. Le choix de ces mêmes prénoms n'est sans doute pas le seul fruit du hasard.

 

Cette proximité entre cousins s'étiolera rapidement après le décès de François. Au moment de la naissance de Jean Baptiste RENAULT au Gouray (ascendant direct), cela fait 7 ou 8 ans que ses cousins de la Malhoure ont quitté le Grand Clos. Il est probable qu'il ne les a jamais connus.

 

Jeanne Marie et ses enfants quittent le Grand Clos entre 1872 et 1876 et se rendent alors à Plédéliac. C'est plus précisément en forêt de la Hunaudaye que l'on retrouve Jeanne Marie BROUTE et ses enfants à partir de 1876.

 

Pourquoi le choix de Plédéliac ? La consultation de l'état-civil indique des liens entre certaines familles de Plédéliac, de Plestan et de Plénée, commune natale de Jeanne Marie. Une autre hypothèse est que Marie Jeanne a été conseillée par le propriétaire du Grand Clos, noble local en lien avec le propriétaire de la Hunaudaye.

 

Comme il est d'usage chez les travailleurs de la forêt, la famille va se déplacer à plusieurs reprises sur cette commune, sans doute au gré de ses activités.

On la trouve ainsi en pleine forêt de la Hunaudaye en 1876 et en 1881, puis à la Garde de Drouet en 1886, au village de l'Hôpital en 1891, dans le secteur de la Brousse en 1896 et enfin à Cojégu [forêt de Coat-Jégu] en 1901.

 

La forêt permet bon nombre de métiers, telles que sabotier ou charbonnier. Ce dernier sera l'activité de Jean RENAUD à l'âge de 32 ans (cf. recensement de 1891).

La vie itinérante des travailleurs de la forêt, et notamment des charbonniers, est très précaire. Jeanne Marie et ses deux enfants nés au Grand Clos mènent à la Hunaudaye une vie pauvre à l'abri de "loges" successives faites de branchages et d'herbes sèches.

 

Le document suivant rend compte de la dureté extrême de la vie quotidienne des charbonniers en Haute-Bretagne au XIXème siècle.

 

Charbonniers de Haute-Bretagne, par Patrick MAHEO, in "Généalogie Magazine", octobre 1990 (ISSN 0754-9725)
charbonniers_de_haute-bretagne_-_maheo.p
Document Adobe Acrobat 3.4 MB

 

 

La veuve de François RENAUD décède finalement à Plédéliac le 11 avril 1903 sans s'être remariée. 

 

Ses enfants, les derniers RENAUD nés au Grand Clos, se dispersent progressivement.

 

Dès 1876, la fille aînée, Marie Françoise (16 ans) est placée domestique chez les débitants de boisson de Plédéliac Pierre Le Breton et Victoire Le Mesle [cf. recensement 1876]. A la naissance de son neveu Joseph en 1903, elle est alors cuisinière à St-Malo [cf. acte de naissance de Joseph Renault].

 

En 1876, 4 autres de ses enfants restent auprès d'elle mais en 1881, sa fille Jeanne Marie RENAULT n'apparaît plus.

 

En 1901, deux ans avant son décès, seuls François et Victoire (Victorine) RENAULT vivent encore avec leur mère dans leur habitation de Cojégu [Coat Jégu] où ils sont journaliers agricoles.

 

En mars 1903, Victorine RENAULT met au monde un enfant naturel prénommé Joseph. La grand-mère de l'enfant, Jeanne Marie BROUTE, décède trois semaines plus tard.

 

François, Victorine et son fils Joseph RENAULT sont présents à Plédéliac jusqu'en 1911, et n'apparaissent plus au recensement de 1921. Joseph RENAULT décèdera à St-Brieuc en 1978.

 

Que sont devenus plus tard l'ensemble des six enfants RENAULT du Grand Clos, cousins de ceux du Gouray, dispersés dans diverses communes, derniers témoins de la longue histoire de cette famille à La Malhoure ?

 

 

Mise en ligne : janvier 2021

(c) Jean-Marie Renault, 2008-2021

Reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur.