Le Livre des RENAULT

La campagne à Hénansal (peinture de Maurice Bernard)
La campagne à Hénansal (peinture de Maurice Bernard)

 

 

 

Au-delà d’un traditionnel arbre généalogique sur lequel on se pencherait respectueusement mais avec distance ou curiosité, comme on le ferait d’un objet original mais finalement peu utile, j’ai tenté de chercher un sens au hasard apparent de l’histoire familiale en m’appuyant sur les informations dont je disposais. A partir de données trouvées dans les archives familiales, communales et départementales, j’ai souhaité retracer la continuité d’une vie à travers les siècles. Proposer une histoire familiale qui trouverait son propre sens dans l’Histoire, en repérant un fil commun à celui de la société, transformant l’anecdote ancienne en message de vie qui puisse nous parler encore aujourd’hui.

En bref, j’ai essayé de replacer la famille Renault dans un cadre plus universel sans se centrer sur elle seule, en faisant d’un recueil de faits passés une lecture contemporaine et d’avenir.

Dans cette approche, l’intérêt de la connaissance des prénoms ou des dates, ce fameux arbre généalogique, repose surtout sur le lien social et historique qu’elle permet de tisser au fil des siècles : s’il peut être intéressant pour quelques uns de savoir que Joseph Renault est né le 24 février 1834 à La Malhoure et décédé le 25 juillet 1894 au Gouray, c’est surtout sa naissance dans une ferme surpeuplée, son départ à la guerre par le hasard du tirage au sort, et la compensation de ses graves blessures par l’Etat qui retiennent notre intérêt. En une génération, la famille Renault, très pauvre, mais riche d’une culture paysanne gallésante[1] millénaire, a acquis au XIXème siècle par le rôle émergent de la République et de l’Etat-Providence un statut social radicalement nouveau, affranchi du travail de la terre mais dépendant de la dynamique et parfois de la rudesse des politiques publiques. Comme Joseph Renault, chacun d’entre nous s’inscrit individuellement dans la mise en marche plus globale de l’Histoire du pays et du Monde. 

 

Depuis l’origine de mes recherches vers 1970, je prise peu le mot de généalogie qui oscille trop souvent entre technique austère de paléographe et propos un peu bavards sur les charmes et avantages supposés du bon vieux temps. Avec ce mot commode dont on abuse parfois, nous ne sommes jamais loin du contresens : il y aurait dans cette démarche la nostalgie d’un bonheur perdu et les généalogistes seraient de doux rêveurs tournés vers le passé. La réalité est sans doute plus complexe, et la démarche de recherche peut relever de nombreux types d’approche : trouver du sens à notre présence actuelle et à notre origine, trouver une contribution familiale à la marche de l’Histoire, trouver les indices du passage de nos ancêtres inconnus dans une démarche méthodique d’enquêteur, rêver romantiquement à un passé révolu, tisser un réseau de cousins inconnus, nourrir sa réflexion sur le brassage des populations… Tous les grands sujets culturels, historiques, philosophiques ou scientifiques d’aujourd’hui peuvent se nourrir à des degrés divers d’un apport de la généalogie.

A l’heure où se développe le concept de citoyen du Monde, j’ai voulu y ajouter la dimension du temps : nous sommes citoyens de l’histoire du Monde, celle d’aujourd’hui et de demain, qui s’enracine dans la vie, les faits et les gestes de tous nos ancêtres. Par nos différences individuelles, par les particularités des groupes sociaux et culturels que nous formons et qui évoluent sans cesse depuis les origines, nous construisons ensemble notre richesse commune. 

 

Je remercie toutes celles et tous ceux qui m’ont encouragé à engager des recherches et à les poursuivre, et notamment mon père Jean Renault dont la curiosité et la mémoire des faits ont su me séduire, me faire rêver, et me donner l’envie d’écrire dans le sillage de l’éphémère avant qu’il ne s’évanouisse à jamais.

Je remercie également celles et ceux qui m’ont fourni de précieux renseignements. S’ils sont trop nombreux pour que je les cite tous, que soit particulièrement remerciée Denise Beaussaut dont le travail tenace m’a permis de compléter mes propres sources d’informations.

 

Il s’agit d’un bilan d’étape qui résume l’état atteint en 2008 de recherches généalogiques et historiques de la famille Renault, commencées il y a près de quarante ans et poursuivies ou interrompues au gré des nombreux aléas de mon temps libre et de ma persévérance… Il fera peut-être place, un jour, à un ensemble plus construit et plus complet, intégrant d’autres projets actuellement en cours tels que les histoires des familles Jean, Le Baill et Morlais. Affaire à suivre .......

 

 

 

Jean-Marie Renault

Nantes, avril 2008.



[1] Parlant le gallo, contribution rurale de la France de l’ouest à l’ensemble des parlers français. Le français actuel, contribution d’origine francilienne, s’imposera comme langue standard officielle à la fin du XIXième siècle notamment par le moyen de l’école publique.

(c) Jean-Marie Renault, 2008-2017

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