Les langues de nos ancêtres

 

Selon leurs origines géographiques, les ancêtres des familles RENAULT, JEAN, LE BAILL et MORLAIS ont parlé soit gallo, soit breton.

 

L'usage du français ne s'est introduit, puis imposé, qu'à partir de la fin du XIXème siècle par l'arrivée de l'école obligatoire, l'augmentation des échanges économiques et des transports, ainsi que par les recrutements militaires et les guerres coloniales.

 

 

Famille RENAULT (gallo)

 

Installés dans le Mené (La Malhoure, Le Gouray, Ploeuc), les ancêtres RENAULT et leurs conjoints ont parlé exclusivement le gallo durant de nombreux siècles.

 

Jean-Baptiste RENAULT (1880-1962) et son fils Jean né à Trémeur paraissent avoir été les derniers ascendants directs à avoir connu cette langue et à l'avoir employée, régulièrement ou non.

 

S'il maîtrisait parfaitement cette langue utilisée par tous les habitants du Gouray, Jean-Baptiste RENAULT avait en effet appris le français à l'école primaire qui était alors devenue obligatoire.

 

Il se devait ultérieurement, en sa qualité d'instituteur, d'employer la langue française et de l'enseigner à ses élèves de Loudéac puis de Trémeur.

Cette obligation due à sa fonction ne l'empêchait nullement d'employer le gallo du Gouray à titre privé, et d'apprendre le "parlement" de Trémeur par immersion dans cette commune qu'il habitait et dont il était le secrétaire de mairie, ainsi que par besoin de proximité avec ses habitants dont beaucoup étaient des parents d'élèves.

 

Si son fils Jean RENAULT se devait d'apprendre l'usage parfait de la langue française, il apprit également le "patois" de Trémeur, comme on disait alors, par proximité avec ses camarades d'école.

On trouvera sur ce site les éléments des parlers de Trémeur et du Gouray réunis par Jean RENAULT dans un glossaire.

 

Famille JEAN (breton)

 

Les ancêtres JEAN et les familles associées (VITEL, LE ROHAN, CAULET,...) étaient installés dans le Goëlo (Bro Ouelo, en breton), ce territoire de langue bretonne inclus dans l'évêché de St-Brieuc. L'accent et le lexique bretons employés dans le Goëlo sont très proches de ceux du Trégor, et ce parler est généralement assimilé au Trégorrois.

 

L'ensemble de la famille a parlé breton, probablement exclusivement, depuis les origines jusqu'à la fin du XIXème siècle, époque à laquelle l'usage du français s'est imposé rapidement.

 

Certaines personnes cependant ne semblent pas avoir fait un réel usage de ce dernier, continuant à s'exprimer presque exclusivement en breton. Tel a été souvent le cas des femmes âgées, peu concernées par l'école et moins mobiles économiquement que la plupart des hommes.

 

C'est ainsi que Marie Reine VITEL (1846-1920) apparaît être la dernière personne de la famille a avoir fait un usage exclusif du breton. Tout laisse à penser qu'elle n'avait jamais fait usage du français, langue dont elle ne devait maîtriser que quelques mots usuels.

 

Jean RENAULT se souvenait que sa mère Augustine JEAN (1877-1962) ne parlait qu'en breton à sa propre mère, alors que son statut d'institutrice l'aurait conduite naturellement à lui préférer la langue française.

 

Louis JEAN (1840-1910), mari de Marie Reine VITEL, maîtrisait parfaitement la langue bretonne dont il faisait un usage quotidien avec sa femme ainsi qu'avec ses voisins de Lannebert et de Liscorno. Selon Guillaume HUET rencontré en 1982, Louis JEAN achetait chaque jour le journal au bourg de Lannebert, puis le lisait à haute voix à ses voisins en le traduisant en breton au fur et à mesure de sa lecture.

 

Louis JEAN, bien que bretonnant de naissance, avait en effet appris le français à l'armée en servant dans la Marine Nationale, comme beaucoup de ses camarades.

 

Les deux dernières personnes bretonnantes de naissance et ayant appris le français à l'école primaire furent Louise JEAN et sa sœur Augustine JEAN (1877-1962), qui devinrent toutes deux institutrices.

 

Jean RENAULT, fils d'Augustine JEAN, n'apprit pas le breton auprès de sa mère, mais il se souvenait d'avoir souvent entendu sa mère parler et chanter en breton. C'est ainsi qu'elle fredonnait Gwerz Mari Masson, chanson dont les paroles "He devoa kollet hec'h alc'hweioù" [= Elle avait perdu ses clés] était comprises par Jean comme "Venez voir Colleu", ce dernier étant le patronyme d'un de ses cousins.

 

Un jour de visite familiale au Mont-St-Michel, Augustine JEAN fût excédée par les bavardages d'une visiteuse située derrière elle. Se retournant brutalement, elle lui lâcha : "Serr da c'henou, Mari Strakell" (prononcer : Zerr da hinou, Maï Strak'l), que l'on peut traduire par "Ferme ton bec, pie bavarde".

 

C'est l'écoute du breton parlé par sa mère à sa grand-mère et à d'autres personnes originaires de Lannebert qui suscita l'envie chez Jean RENAULT (1908-1978) d'apprendre la langue bretonne. C'est ainsi que ce dernier, résidant alors à Paris, s'inscrivit dans les années 1930 à Skol Ober (cours de breton par correspondance) et adhéra à Kêr Vreiz, foyer associatif qui proposait dans le quartier de Montparnasse des activités culturelles et linguistiques en langue bretonne.

 

Famille LE BAILL (breton)

 

L'ensemble des ancêtres de la famille LE BAILL et des familles associées est originaire du Léon (Bro Leon, en breton), territoire entièrement bretonnant correspondant à l'ancien évêché de St-Pol-de-Léon et approximativement à l'actuel "Nord-Finistère", sans le territoire de Morlaix situé en Trégor.

 

Ces familles firent usage presque exclusivement du breton jusqu'à la fin du XIXème siècle, pour les raisons évoquées plus haut.

 

La langue française fut introduite plus précocement que dans le Goëlo (famille JEAN) en raison de la proximité de la ville de Brest et de l'importance de la Marine militaire.

 

C'est ainsi que Jean Marie LE BAILL (1855-1932), élevé en breton durant son enfance à Plougonvelin, apprit progressivement le français au contact des commerçants, des propriétaires et clients de l'hôtel Beauséjour du Conquet où il était initialement jardinier, puis surtout après son départ volontaire dans la Marine en 1876 à l'âge de 21 ans.

 

Le breton resta cependant la langue quotidienne à la maison, et il semble que Jean Marie LE BAILL  échangea principalement, sinon uniquement, dans cette langue avec sa femme Jeanne COATANEA.

 

Ces parents n'enseignèrent toutefois pas le breton à leur fils François LE BAILL (1880-1943), qui semble n'en avoir jamais fait usage en dehors de quelques formules répandues, souvent mélangées au parler de Brest. L'ascension sociale de la famille nécessitait en effet l'usage quasi exclusif du français.

 

Sa propre fille Marie LE BAILL (1918-2009) n'aurait pas eu de raison particulière d'apprendre le breton, sans sa rencontre avec Jean RENAULT et son adhésion au foyer Kêr Vreiz à la fin des années 1930. C'est ainsi qu'elle apprit les bases de cette langue par Skol Ober (cours de breton par correspondance) et obtint le Trec'h Kentañ, diplôme de premier niveau.

Elle ne devait toutefois pas maîtriser suffisamment cette langue pour en faire un réel usage.

 

Famille MORLAIS (gallo)

 

Bien que né à Brest, Charles MORLAIS (1860-1921) avait des ancêtres originaires d'Ille-et-Vilaine. C'est Joseph MORLAIS, né à St-Gilles en 1828 et décédé à Brest en 1903, qui devait quitter le pays gallo pour s'installer à Brest.

 

Au-delà, les ancêtres MORLAIS et les familles qui s'y rapportent sont également originaires de Normandie (Truttemer-le-Grand, Perriers-en-Beauficel) où l'on parle alors une langue proche du gallo connu en Haute-Bretagne.

 

La famille MORLAIS, qui n'était pas d'origine bretonnante et qui s'est installée dans le grande ville portuaire militaire de Brest, n'avait donc pas de raison particulière de s'exprimer autrement qu'en français après des siècles d'usage du gallo et de parlers proches.

 

 

 

MàJ novembre 2020

(c) Jean-Marie Renault, 2008-2020

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