Renault ou Renaud ?

         

        

         « Renault, c’est avec un d ? ». Combien de fois avons-nous entendu poser cette question ?

 

Les registres relatifs à nos propres ancêtres montrent que notre patronyme RENAULT s'écrivait autrefois le plus souvent RENAUD, forme d’ailleurs unique avant le milieu du XIXème siècle[1], à l’exception de rares formes aberrantes telles que RENAUX, RENAULX ou RENAUXT, sans doute liées à la fantaisie ou à l’ignorance des officiers d’état civil. Quelle raison a pu motiver vers les années 1850 le changement du –d en –lt, et notamment l’irruption du l ? S’agit-il d’une instruction de l’Etat imposée aux secrétaires de mairie ? Ou d’une mode de ces derniers qui se voudrait savante, le suffixe –aud étant alors interprété comme descendant d’une forme -aldus ?

 

Au-delà du cas de notre famille, les façons d’orthographier aujourd’hui ce patronyme sont multiples, et vont de Renault à Reynaud en passant par Reno ou Renaud.

Si les formes Renault et Renaud ne forment qu’un nom, qu’en est-il des autres ? S’agit-il de patronymes réellement distincts, ou de simples variantes orthographiques ?

 

Christina Renault[2] est une femme américaine, née en Floride dans les années 1970. Son plus lointain ancêtre connu, Louis Reynaud, est né en France vers 1600.

Le fils de celui-ci, également nommé Louis Reynaud, naquit à Paris entre 1630 et 1640. Son descendant s’appela à nouveau Louis Reynaud à sa naissance dans le Dauphiné vers 1670, mais… Lewis Reno lors de son décès en 1755 dans le comté de Prince Williams, Virginie.

L’émigration dans le Nouveau Monde entraîna la perte de l’orthographe d’origine, sans doute inconnue de l’intéressé lui-même à une époque où la population ne sait ni lire, ni écrire. C’est une graphie phonétique qui apparut alors, sans doute choisie sans connaissance particulière et dans un souci d’efficacité par un bureau d’immigration ou un secrétaire d’état-civil peu au fait des subtilités orthographiques du vieux continent, assailli de multiples demandes d’inscription provenant de nombreux pays d’Europe et exprimées dans autant de langues différentes.

Le descendant de Lewis Reno fut John Reno, né en 1715 à Manessas (Virginie) qui eut lui-même pour fils George W. Reno (1751-1834) et … Thomas Reneau (1760-1842).

La descendance de George W. Reno fut la suivante : Elijah Duggan Reno (Westmoreland, Pennsylvanie, 1780-Comté de Posey, Indiana, 1844), Jesse Noggle Reno (Westmoreland, Pennsylvanie, 1811- St-Joseph, Comté de Buchanan, Missouri, 1888), Franklin Pierce Reno (Comté de Buchanan, Missouri, 1853 – 1950) puis… Dale Sherwood Renault (Carl Junction, Comté de Jasper, Missouri, 1894 – Miami, Floride, 1973) !

Enfin, les descendants de Dale Sherwood Renault furent Franklin Louis Renault, père de Christina[3] et de son frère Louis, et Dale P Renault, père d’Annette, de David, de Paul, de Phillip et de Steven Renault.

 

Pour quelle raison l’orthographe Renault fait-elle irruption à la fin du XIXème siècle, alors que la graphie phonétique est adoptée et stabilisée depuis deux siècles ? Nul ne le sait.

 

Cet exemple et beaucoup d’autres montrent que les orthographes Renault, Renaud, Reneau, Reynaud, Renaux, mais aussi Renauld, Renaut, Renaude, Renaudin, Renaudineau, Rinau, Regnault, Regnau, Regnauld, Regnaux, Regneau, Regnaudin, Regnaudot, Reno et même les formes anglaises Reynolds, Reynalds, Renell ou Rennels ne forment qu’un seul nom, d’origine unique, et que la façon de l’écrire traduit surtout les contextes géographiques, historiques et culturels de la tenue des écritures [4].

 

Ils doivent aussi nous rendre prudents dans nos recherches, et notamment nous éviter de croire à l’existence de cousins au seul motif d’une identité d’orthographe, ou au contraire nous détourner trop vite d’un nom qui ne serait pas orthographié comme « le nôtre ».



[1] C’est notre ancêtre Joseph (1834 -1894), né Renaud, qui a le premier porté la graphie Renault, qu’il porte au moment de son décès.

[2] Adresse e-mail : koalacmr@hotmail.com

[3] A l’origine de ces informations.

[4] Cf. http://www.geneanet.org

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