Carnet de campagne dans les mers de Chine et du Japon - 4/4 : Japon, Russie, Chine, Philippines, Indonésie et retour en France

De Nagasaki à Saïgon.

 

Le temps était très beau du 19 au 25 ; le 25, petite brise et le 26, forte le matin car nous avons été obligés de relâcher à cause du mauvais temps dans un endroit appelé l'Ile Denis sur la côte d'Annam à 50 lieues à peu près du Cap St-Jacques où nous avons mouillé à 6 heures du soir, et dans la nuit nous avons mouillé une deuxième ancre. Et le 28 dans l'après-midi, on a soulagé cette ancre pour être prêts à partir au premier beau temps.

 

Enfin le 29 [novembre 1874] au matin on a appareillé avec forte brise pour nous rendre au Cap St-Jacques, mais le mauvais temps nous a forcé à relâcher de nouveau dans un endroit nommé Camaraï, d'où nous avons appareillé le 1er décembre pour nous rendre à Saïgon.

 

Nous sommes arrivés au Cap St-Jacques le 2 décembre à 4 heures du matin, où nous avons mouillé pour prendre le pilote et monter la rivière, et à 8 heures nous avons commencé notre ascension dans la rivière de Saïgon, où nous sommes arrivés le même jour à 3 heures de l'après-midi, ce qui nous fait par conséquent 25 jours de traversée qui se sont effectués dans de bonnes conditions, quelques jours de mauvais temps seulement.

 

Le 3, on a commencé le charbon et les vivres et tout le matériel de rechange, car nous ne devons pas rester longtemps à Saïgon. Nous avons aussi repris notre amiral, qui était resté à Saïgon la première fois comme Gouverneur. Il est embarqué à bord le 3 décembre à 8 heures du matin pour ne plus nous quitter pendant la campagne.

 

 

De Saïgon à Hong-Kong via Manille.

 

Après avoir fait notre approvisionnement, nous sommes partis le 9 décembre à une heure de l'après-midi. Le 10 et le 11, mauvais temps ; obligés de relâcher le 11 à cause du mauvais temps dans un endroit dont je ne sais pas le nom, où nous avons restés jusqu'au 13 décembre au matin. Et encore, nous sommes partis par un très gros temps. Le 15 et le 16, un peu plus calme ainsi que le 17 et le 18, jour où nous sommes arrivés à Manil [Manille].

 

Espagnol, ce pays est très riche par son commerce en épices. Partis de Manille le 28 décembre à 7 heures du matin pour nous rendre à Hong-Kong, colonie anglaise. Le temps était très beau et le vent favorable.

 

Le 28 et le 29 et le 30, forte brise et un vent de large dans les voiles. Le 31 [décembre 1874], le temps était devenu très beau et avec le jour, nous avons vu la terre et à 8 heures nous avons vu les bateaux de pêche. Nous étions encore [lacune] du port de Hong-Kong où nous sommes arrivés à [lacune] le 31 décembre où nous sommes restés jusqu'au 21 janvier.

 

 

Aller-retour à Macao.

 

Nous avons appareillé à 7 heures du matin pour Macao, colonie portugaise.

 

Notre traversée a été très courte, car nous sommes arrivés le même jour à 11 heures du matin. notre séjour à Macao a été très court, et ce n'est pas dommage car il faisait très froid et on s'est mouillé très loin de terre.

Partis le 22 à 1 heure de l'après-midi pour nous rendre à Wampao, mais il nous a fallu mouiller avant d'y arriver car la rivière n'est pas assez profonde pour le tirant d'eau du Montcalm. Nous avons donc mouillé devant un petit village dont je ne sais pas le nom, où nous sommes arrivés le même jour.

 

Le lendemain 23 [janvier 1875], l'Amiral et presque tous les officiers sont partis pour Canton à bord d'une canonnière chinoise car nous ne sommes qu'à une dizaine de lieues de Canton.

 

Le 27, nous avons reçu la visite des Mandarins chinois et aussitôt leur départ, nous avons appareillé pour Macao, où nous sommes arrivés trois heures après, c'est-à-dire à 6 heures du soir. Nous n'avons fait que passer la nuit, car à 6 heures le lendemain 28, nous avons appareillé de nouveau pour nous rendre à Hong-Kong où nous [sommes] arrivés à midi le même jour.

 

Depuis le 28 jusqu'au 6 février, rien de remarquable.

 

Le 6 février c'est la grande fête du pays, c'est-à-dire le premier de l'an et la fête de leur dieu qui est Boudat [Bouddha]. Ils adorent Boudat [lacune]  très belle et le feu d'artifice toute la nuit [lacune] jours consécutifs, ils sont bien plus fidèles à leur [lacune] nous autres Catholiques car pour tous les biens de la terre ils ne travailleraient ces jours-là. C'est aussi leur seule fête.

 

 

Amoy et Fou-Tchéou.

 

Notre séjour à Hong-Kong n'a pas été bien long du 28 janvier au 14 février, jour où nous sommes partis à 6 heures du matin par un très beau temps pour nous rendre à Amoy [aujourd'hui Xiamen, province du Fujian] où nous sommes arrivés le 16 à 8 heures du matin sur la rade, après avoir passé la nuit dans un mouillage à environ 2 lieus d'Amoy.

 

Je ne peux rien dire de la ville, car je n'ai pas descendu à terre. Sur la rade, il y a beaucoup de bâtiments marchands qui annoncent un port de commerce, je ne saurai dire de quoi ils chargent car le pays est d'un aspect tout-à-fait aride et sec, car on ne voit de verdure de nulle part, rien que des montagnes sans bois ni verdure.

 

Amoy est un petit port militaire et sans beaucoup de conséquence : quelques forts à l'entrée de la rade, voilà ce que l'on peut remarquer de sur la rade, et quelques habitations mal construites appartenant à des naturels du pays, et quelques maisons d'Européens très bien bâties sur le versant de la montagne.

 

Nous avons passé le 17 sur la rade, et le 18 au matin à 6 heures nous avons appareillé pour Foutchou [Fou-Tcheou, auj. Fuzheou] où nous sommes arrivés le 21 [février 1875] au matin.

Mais nous étions très loin de la terre, en sorte que je ne peux rien dire.

 

 

Shanghaï.

 

Nous avons passé 48 heures sur cette rade et le 24 nous avons appareillé de nouveau pour Shanghaï où nous sommes arrivés le 1er mars, c'est-à-dire sur la rade de Woosund [Woosung, auj. Wusong] où nous avons passé huit jours en espérant remonter la rivière de Shanghaï où nous sommes arrivés le 8 mars.

 

Du 8 mars au 6 avril, séjour très agréable à Shanghaï. Nous avons descendu la rivière jusqu'à Woosund où nous sommes restés jusqu'au 11 avril, jour où nous avons appareillé pour continuer notre route à 1 heure de l'après-midi. Mais à 8 heures le même jour, nous avons mouillé pour passer la nuit et le 12 au matin à 6 heures nous avons appareillé de nouveau pour Kinguie où nous sommes arrivés le même jour à 1 heure de l'après-midi.

 

Ce pays est très bien cultivé. Kinguie est un petit village au bord de la rivière de Nankin, et très bien fortifié.

 

Le 13, l'Amiral a embarqué sur le Volta pour se rendre à Ninpo et le Montcalm doit l'espérer [l'attendre. Louis Jean utilise souvent le verbe  "espérer" pour "attendre"] au mouillage de Kinguie.

 

 

Retour au Japon : Kagoshima et Nagasaki.

 

Après avoir relâché du 12 au 14 [avril 1875], nous avons appareillé de nouveau à 5 heures du matin pour nous rendre à Kogasima [Kagoshima] et le 15 nous avons fait le tir du canon sous vapeur, et après nous avons continué notre route où nous sommes arrivés le 18 à 9 heures du matin car nous avons eu des avaries dans la machine.

 

Kagosima est très fertile en tout. On y remarque un volcan [Par son aspect général et la présence du volcan, Kagoshima était parfois surnommée la "Naples de l'Orient"]. Les habitants de Kagosima sont très affables pour les Français car j'ai eu l'occasion de descendre à terre et les habitants nous priaient de rentrer dans leurs maisons et nous offraient de quoi boire et manger, mais nous ne pouvions presque pas les comprendre, que quelques mots c'était bien malheureux car c'est de braves gens.

 

Après avoir passé deux jours sur la rade, nous sommes partis le 20 à 2 heures du matin pour Nagasaki. Pendant notre séjour sur la rade de Kagosima, nous avons eu la visite des autorités supérieures de la ville et d'une grande partie des habitants. Ils sont venus à bord par milliers, au point d'encombrer tout le bâtiment car nous ne pouvions pas nous remuer à bord.

 

Adieu Kagosima, pays aux jolies filles, les plus belles du Japon sans contredit. Partis le 20 de Kagosima, nous sommes arrivés le 22 à 6 heures du matin pour faire du charbon et des vivres à Nagasaki.

 

 


Yokohama par la mer intérieure : Hirado et Kobé.

 

Le 1er mai, on a appareillé à 8 heures du matin après six jours de relâche pour faire des vivres et du charbon. Nous avons appareillé pour Kobé mais le soir on a mouillé dans la baie d'Irado [Hirado] pour passer la nuit et le lendemain 2 mai, on a appareillé de nouveau à 5 heures du matin pour Kobé en travers la mer intérieure, où nous sommes arrivés le 3 mai à 7 heures du soir.

 

Partis le 10 à 5 heures du matin pour Yokohama où nous sommes mouillés le 12 mai à 6 heures et demi du soir.

 

Du 12 mai au 3 juin, rien de remarquable.

 

Le 3 nous avons appareillé de nouveau pour Yokoska [Yokosuka] où nous sommes arrivés le même jour, c'est-à-dire trois heures après, dans le but de faire le tir du canon. Mais on ne l'a pas fait, je ne sais pourquoi.

 

Après avoir passé six jours sur la rade, on a appareillé de retour pour Yokohama où nous avons mouillé le même jour à 4 heures de l'après-midi.

 

Notre séjour du 9 juin au 11 juillet [1875] a été le service ordinaire du bord.

 

 

En route vers le nord du Japon : Yamada, Aomor, Codadi.

 

Le 11 juillet, nous sommes partis de Yokohama pour Cadadi mais en route, il nous a fallu relâcher à cause de la brume à Yamada où nous avons passé 24 heures, c'est-à-dire du 15 au 16, jour de notre appareillage pour Codadi à 11 heures du matin, et où nous sommes arrivés le 19 à 6 heures du soir.

Rien de particulier pendant notre traversée, ni les six jours passés sur la rade de Codadi.

 

Le 25 au matin, à 4 heures, nous sommes partis de retour pour Anomori [Aomori] pour débarquer le commissaire du gouvernement que nous avions pris à Yokohama.

Après onze heures de traversée, nous avons mouillé et le lendemain à 4 heures, nous avons appareillé pour Codadi où nous sommes arrivés après onze heures de marche, c'est-à-dire le 26 à 1 heure de l'après-midi.

 

 


Vladivostok et la mer de Corée.

 

Partis de Codadi le 27 [juillet 1875] à 4 heures de l'après-midi pour Bladiwostok [Vladivostok. Louis Jean a peut-être été influencé par l'orthographe russe Владивосток et a pu confondre B et V] où nous sommes arrivés le 1er août.

Cette île est un pays russe habité en grande partie par des Chinois et des déportés. Ce pays est assez fertile, mais mal cultivé.

 

Partis de Bladiwostok le 6 août à 5 heures du matin pour Depoussiette [sans doute la Baie de Possiet, Russie] où nous sommes arrivés le même jour à 3 heures. Ce pays est bien triste, quelques cabanes en planche seulement.

 

 

Retour à Nagasaki et Fou-Tchéou.

 

Le lendemain 7, nous avons appareillé pour Nagasaki et le jour de notre départ nous avons fait le tir du canon à la machine. Arrivés à Nagasaki le 9 à 7 heures du soir, où nous sommes restés jusqu'au 16.

 

Partis le 16 au matin, nous faisons route pour Tché-Fou [auj. Yentai, Chine] mais dans la nuit du 17 au 18, le temps est devenu trop mauvais et il nous a fallu relâcher dans l'île Kepar. Cette île appartient [à la ] Corée. Nous avons mouillé le 18 à 9 heures du matin. Partis le 20 pour Tché-Fou où nous sommes arrivés le 22 à 7 heures du matin, et en arrivant j'ai reçu la mort de ma mère [sa mère Anne Briend est décédée à Lannebert le 22 juin 1875 à 6 heures du soir. Louis Jean étant fils unique, ses amis de Lannebert ont probablement usé de tous les moyens pour le prévenir dans des délais étonnamment courts].

 

Du 22 août au 10 septembre, rien de particulier. Inspection de l'Amiral pour toute l'escadre le 10 septembre à 9 heures du matin.

 

 

De Fou-Tchéou à la Grande Muraille de Chine.

 

Nous sommes partis pour le Païho [Paï-Ho ou Peï-Ho, fleuve de la Chine du Nord], mais nous n'avons pas monté la rivière. Nous sommes arrivés le 11 à midi.

 

Partis le 14 pour Nin-Guin où nous sommes arrivés le 15 à 10 heures, c'est-à-dire à Nin-Guin que commence la muraille dite "la grande muraille". Et en effet, elle a 600 lieues [2 400 km] de long, 12 mètres de haut et 12 mètres de large et elle sépare la Chine de la Tartarie. Elle a été construite plus de 200 ans avant Jésus-Christ, c'est-à-dire qu'elle a plus de vingt siècles.

 

Après avoir visité cette muraille, nous sommes partis le même jour pour Tché-Fou où nous [sommes] arrivés le 16 à 4 heures de l'après-midi.

 

 

Shanghai, puis retour à Hong-Kong.

 

Partis le 23 à 8 heures du matin pour Shanghai où nous sommes arrivés le 26 à 11 heures du matin. Dans la nuit du 25 au 26, nous avons mouillé pour passer la nuit à l'entrée de la rivière et le 26 nous sommes montés à Woosund où nous sommes arrivés le même jour, 26 août 1875.

 

Du 26 août au 3 novembre, séjour assez désagréable au milieu d'une rivière et à 3 lieues de Shanghai.

 

Nous avons appareillé le 3 novembre pour aller à Hong-Kong où nous avons mouillé le 7 novembre à 5 heures de l'après-midi.

Appareillé le 25 décembre pour aller à Mirs [?] faire le tir du canon où nous sommes arrivés le même jour à 5 heures du soir, ayant à notre bord l'amiral anglais et son officier chargé de l'artillerie (l'Audacieuse [Audacious], frégate anglaise).

 

Après avoir fait le tir du canon, on a appareillé le 29 à 2 heures du matin pour retourner à Hong-Kong où nous sommes arrivés à 3 heures du soir de la même journée.

 

Depuis le 7 octobre [1875. Cette date n'est pas en cohérence avec la chronologie du récit] jusqu'au 16 janvier [1876], rien de remarquable, toujours le service ordinaire.

 

 

 Manille,  les Philippines et l'Indonésie.

 

Enfin le 16 janvier, nous partîmes de sur la rade de Hong-Kong pour nous rendre à Manille et commencer la traversée vers la terre chérie qu'on appelle la France.

 

Arrivés le 22 janvier à Manille où nous avons resté jusqu'au 4 février, d'où nous sommes partis à 6 heures du matin pour Bazilan [Basilan, île du sud des Philippines], où nous sommes arrivés le 7 à 6 heures du soir.

 

Partis le 10 février à 6 heures du matin pour Macasard [Macassar, Indonésie]. Rentrés le 13 dans le détroit de Macasard où nous avons annoncé la fête de la ligne [appelée aussi baptême de la ligne, fête organisée habituellement lors du franchissement de l'Equateur et donnant lieu à une parodie de baptême et de désorganisation passagère de la hiérarchie, le dieu Neptune prenant le pouvoir sur le bateau].

 

Le 14, la fête a eu lieu et le 16, nous avons mouillé sur la rade de Macassar (colonie hollandaise, pays très riche en production et surtout en culture du tabac).

 

Partis le 26 février [1876] à 9 heures du matin pour Batavia [auj. Djakarta, capitale de l'Indonésie] (île de Java et colonie hollandaise). Le 1er mars, nous avons mouillé à 11 heures du soir devant Batavia pour passer la nuit, et le lendemain 2 à 6 heures du matin, nous avons appareillé pour prendre notre mouillage sur la rade de Batavia où nous sommes arrivés à 7 heures du matin le même jour.

 

L'île de Java me paraît une colonie fertile, mais c'est un pays malsain pour les Européens ; la fièvre jaune y règne pendant six mois de l'année.

 

Le 9 mars, nous avons appareillé de nouveau pour aller faire charbon dans une île qui se trouve à la sortie de la rade, et le 10 à 6 heures du matin nous avons terminé notre charbon.

 

 

Retour vers la  France.

 

Nous [nous sommes] mis en route pour Singapour et commencé notre route vers cette terre aimée qu'on appelle la France.

 

Le 11 mars à 7 heures et demi du soir, nous avons mouillé dans le détroit pour passer la nuit et le 12 à 4 heures et demi du matin nous sommes partis pour Singapour où nous sommes arrivés le 13 à 4 heures du soir;

 

Partis le 21 mars à midi pour Ceylan (Pointe de Galle, colonie anglaise, riche pays de l'Inde). Partis de Ceylan le 31 mars à 9 heures et demi du matin après avoir dégagé notre hélice.

 

Enfin, après 10 jours de traversée, nous avons mouillé sur la rade d'Aden le 10 avril [1876] à 11 heures et demi du matin et commencé notre charbon de suite, prêt à partir.

Aden est un pays stérile et dépourvu d'eau et de bois, il n'y a même pas un brin d'herbe.

 

Partis d'Aden le 12 avril à 10 heures et demi du matin pour Suez, mais le vent nous a beaucoup contrarié dans la Mer Rouge et retardé beaucoup notre arrivée à Suez.

 

Où est donc le temps que Moïse passait là à pied sec, ainsi que son armée ?

 

 

 

[ fin du récit de Louis Jean.

Le Montcalm atteindra Cherbourg le 20 mai 1876 ]

 

 

 

Mise en ligne : juin 2021

(c) Jean-Marie Renault, 2008-2021

Reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur.