La mortalité infantile

Jusqu'au XXème siècle, la mortalité infantile constitue en Europe un véritable fléau auquel les familles RENAULT, JEAN, LE BAILL et MORLAIS n'échappent pas.

 

La mort à la naissance ou dans les jours ou mois qui suivent la naissance est une situation ordinaire, qui peut être qualifiée de normale à l'époque. Le fatalisme et la croyance forte en un avenir meilleur après la mort aident les familles à surmonter les nombreux décès d'enfants.

 

Le décès périnatal survient parfois si rapidement que les parents n'ont pas songé à décider d'un prénom particulier pour leur enfant, que l'état-civil enregistrera alors sous le nom de "Anonyme".

 

Dans de très nombreux cas, les parents redonnent étonnamment à un nouvel enfant le prénom d'un enfant précédent disparu prématurément.

 

Enfin, dans certaines familles, le taux de mortalité infantile se montre particulièrement élevé, comme en témoigne la situation de la famille VITEL.

 

Il faudra attendre la fin du XIXème siècle et la première moitié du XXème siècle, grâce au développement des règles d'hygiène et à la mise en place progressive de la prévention maternelle et infantile pour que la mortalité périnatale baisse de façon significative.

Ce progrès social, lent et progressif, connaîtra d'ailleurs des succès très divers selon les territoires concernés.

Les enfants de François Marie VITEL et de Marie OLLIVIER

François Marie VITEL (1839-1914) et Marie OLLIVIER (1842-1931), dite "Maï" OLLIVIER, habitent tous les deux au village de Liscorno en Lannebert lorsqu'ils choisissent de se marier.

Leur union est célébrée le 20 février 1865 et la noce donne lieu à de joyeuses festivités dans le village.

 

Si Maï est occupée à la tâche traditionnelle de filandière, fonction importante dans le Goëlo qui produit alors de grandes quantités de voiles pour la marine de commerce, François Marie se tourne vers une activité émergente, celle de marin de l'Etat.

Le Second Empire puis la IIIème République voient en effet la "Royale" se développer rapidement et proposer des emplois de marin à des jeunes gens souvent peu qualifiés et qui sont autant de bouches à nourrir dans des campagnes surpeuplées et paupérisées.

 

Le couple aura au total 12 enfants durant une période de 23 ans, les naissances s'espaçant entre 1865 et 1888.

 

Le tableau ci-dessous résume la situation de chaque enfant :

 

Prénoms Date de naissance Date de décès Age au décès
Jean Marie  28 déc 1865 12 janv 1866 15 jours
Anne Marie 1er sept 1867 1er fév 1870 28 mois
Toussaint 4 août 1869 6 déc 1869 4 mois
Marie 9 avril 1871 12 sept 1910 39 ans
Evence 15 mars 1873 15 mars 1873 4 heures
François 17 août 1874 2 mai 1953 78 ans
Gilles 4 sept 1876 24 avril 1896 19 ans
Anne Marie 1er mai 1878 15 avril 1906 27 ans
Louis Marie 17 mars 1880 10 avril 1885 5 ans
Félix 29 sept 1881 18 mars 1915 33 ans
Francis Ange 17 avril 1883 1884 1 an
Marie-Louise 9 avril 1888 3 nov 1965 77 ans

 

On reconnait dans cette liste les trois hommes marins de la famille, François, Gilles et Félix, évoqués par ailleurs (voir) dont deux ont péri en mer (noyade à Terre-Neuve et drame du Bouvet dans le détroit des Dardanelles).

 

Quelques données statistiques.

 

De cette fratrie de 12 frères et sœurs, seulement 6 dépasseront l'âge de 5 ans et atteindront finalement l'âge adulte. 

 

Seuls François et Marie-Louise dépasseront l'âge de 33 ans, et deviendront sexagénaires. Ils seront les deux seuls enfants à survivre à leurs deux parents.

 

La moyenne d'âge de la fratrie au décès est de 24 ans. Si l'on retire de la liste les 2 seuls enfants ayant vécu plus de 33 ans, cette moyenne descend à seulement 13 ans pour les dix autres enfants !

 

En mars 1873, après 8 ans de mariage et au moment du décès du petit Evence, le couple aura connu 5 naissances mais ne possède toujours qu'un seul enfant, Marie.

 

En conclusion.

 

La situation décrite ici est une des plus extrêmes de l'histoire de la famille, mais elle permet de prendre la dimension d'une réalité de la vie quotidienne de nos ancêtres. 

 

Le rapport à la mort n'est alors pas celui d'aujourd'hui, et il paraît aujourd'hui difficile de mesurer la réelle dimension affective et psychologique de la mortalité infantile, à une époque où la régulation des naissances est inconcevable et où la culture religieuse accompagne probablement les parents à surmonter les drames et à accepter une évidente résignation.

 

Création : juin 2021

(c) Jean-Marie Renault, 2008-2021

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