Entretien avec nos ancêtres

 

Alexandre Renault
(Le Gouray, 1868- ?...)

 

 

L'entretien avec Alexandre, un des frères aînés de mon grand-père Jean Baptiste Renault, se tient quelque part sur la côte de Pennsylvanie, dans un endroit tenu secret. Bien que rayé en septembre 1921 de la liste des français insoumis, notre invité préfère assurer sa sécurité. Un vieux réflexe qui ne l'a plus quitté depuis 1890.

Notre échange s'est fait à la fois en anglais et en français. Peu à peu, des mots et des locutions en gallo du Gouray sont revenues dans les propos d'Alexandre.

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Moi :  Bonjour Alexandre, c'est agréable de renouer une discussion familiale coupée il y a plus de 130 ans. Que t'inspire ma demande d'entretien ?

 

Alexandre : J'y vois d'abord un message qui me conforte dans ce que j'espérais : le fil n'est pas rompu avec la famille restée au pays, même si beaucoup de choses peuvent m'être reprochées.

Et le second message, précisément, c'est que le motif de ma mise au ban de la famille n'a plus la force qu'il avait en 1890. J'en suis bin aise [bien content].

 

Nous y reviendrons, mais d'abord raconte-nous comment un gars du Mené, né au Gouray en 1868, en vient à partir seul en Amérique.

 

Je suis né au Gouray, où mon père Joseph tenait un bureau de tabac. Avec ma mère Azeline, il vendait également de l'engrais et quelques autres marchandises. Le dimanche matin, la pièce du rez-de-chaussée était noire de monde.

 

Nous étions une famille pauvre. A ma naissance, j'avais une grande sœur, Marie, et deux grands frères, Eugène et  Victor. Mais c'était sans compter l'arrivée d'autres enfants : mon frère Emile, puis mes sœurs Angèle et Olympe, puis Jean Baptiste, ton futur grand-père, et enfin Césarine qui n'a pas vécu longtemps. C'était beaucoup de bouches à nourrir, pour des revenus plutôt modestes. et le commerce permettait juste de compléter la faible pension de guerre de notre père.

 

Enfants, il fallait que nous trouvions assez tôt des revenus pour soulager le budget familial. Chacun a eu sa destinée, plus ou moins voulue, et c'est ainsi qu'à 19 ans j'ai choisi de quitter la région.

 

Ton père était pensionné de guerre ?

 

La génération précédente était encore plus pauvre que la mienne. Mon père Joseph était né au Grand Clos, une petite ferme de La Malhoure non loin du Gouray sur la route de Lamballe, où il a vécu une vingtaine d'année parmi neuf frères et sœurs. C'était beaucoup de monde pour une si petite ferme, et à la St-Michel ses parents appréhendaient de devoir payer le loyer, quelle que soit la fortune de l'année. Il fallait bien sûr que chaque enfant aide aux travaux des champs, mais trouve aussi sa propre indépendance financière.

 

Mon père trouva l'occasion de quitter la ferme en étant mobilisé à 20 ans lors de la guerre de Crimée. Quand j'étais enfant, il nous parlait souvent de ses souvenirs de guerre. Il était intarissable, mais il t'en parlera peut-être si tu l'interroges. Tu pourras y aller de bon cœur, il a une bonne picoche [il est très bavard].

 

Le froid terrible qui régnait dans les Balkans était bien pire que le risque ennemi. Mon père avait guergété [grelotté] tout l'hiver, il eût un pied gelé, revint infirme et bénéficia pour cette raison d'une reconnaissance de blessé de guerre, d'où sa pension et sa priorité pour tenir un bureau de tabac, pour peu qu'il y en ait un qui se libère. Ce fût le cas pour celui du Gouray en 1860.

 

Mais de là à partir en Amérique... Tu n'étais pas bien dans ton village natal ?

 

Si bien sûr, j'y ai été très heureux. Les difficultés matérielles, tous les enfants de la commune en connaissaient, sauf peut-être ceux des quelques notables du Gouray et de la région comme les Mintier de la Motte Basse... J'étais un bourgadin [habitant du bourg], mais je connaissais quand même bien tous les gars des villages du Gouray et même au-delà.

 

Enfants, nous vivions surtout dehors, souvent par tous les temps. La maison servait au commerce, aux repas et au sommeil. Je me souviens de parties interminables de chat-borgnard [colin-maillard] avec mes voisins.

 

Nous avions une ou deux vaches dans l'étable située derrière la maison, et je les emmenais paître. Les prairies, les chemins creux et la forêt de Boquen étaient un peu mon royaume.

 

Cette forêt, je l'ai parcourue de long en large et j'en connaissais tous les recoins, y compris les vieilles ruines de l'abbaye. J'adorais cette ambiance mystérieuse, qui me faisait peur quand j'étais enfant. J'imaginais que des loups allaient surgir d'un coup devant moi dans le chemin, à la façon dont mon père et nos voisins nous racontaient les mésaventures de leurs aïeux. Il se disait qu'autrefois, ces bêtes sortaient de la forêt si l'hiver était trop froid et s'attaquaient aux hommes ou à leurs bestiaux.

 

Avec Ange-Marie Jouan, Elie Comault, Louis Delorge et tant d'autres, nous passions souvent nos journées ensemble à travailler, à pêcher dans l'Arguenon en bas du bourg ou à la Hugelais, et à nous amuser.

Nous parlions uniquement en gallo, dans notre parlement du Gouray. Nous connaissions plein d'histoires et de contes de la région que nous racontaient les anciens. Un jour, un écrivain passa par le Gouray pour collecter des contes. C'était une drôle d'idée, il avait l'intention d'en faire un livre. Je ne sais pas s'il a pu le faire.

 

Comme on lui avait dit dans le canton de Coualnée [Collinée] que j'en connaissais beaucoup, il vint me trouver. J'avais alors 14 ans, et je lui contai la Châsse brisée, une histoire à vous hérisser les poils et à vous empêcher de dormir.

 

Il revint l'année suivante, ce qui me permit de lui raconter La visite à l'enfer, une histoire terrifiante de La Malhoure que m'avait raconté mon père. Des histoires comme celles-ci, nous en connaissions beaucoup.

 

Paul Sébillot, c'est le nom de cet écrivain, a effectivement fait paraître plusieurs recueils de contes de Haute-Bretagne. Ton récit de la "Châsse brisée" est rapportée dans les Légendes chrétiennes de la Haute-Bretagne, et celui de "La visite à l'enfer" est parue dans la Revue des Traditions Populaires en 1896.

 

Je suis bin aise d'avoir été lu par plein de gens !

 

Tu évoquais les notables locaux. Tu en as des souvenirs d'enfance ou de jeunesse ?

 

Oui, il y en avait plusieurs. Ils nous ignoraient, et nous n'étions pour eux que des pauvres et des incultes. Ils possédaient beaucoup de terres et de fermes au Gouray, mais surtout ils influençaient beaucoup la politique locale. Le pire était certainement Godefroi Le Mintier de la Motte Basse, celui que j'évoquais tout à l'heure.

 

Quand j'étais jeune, ces sujets-là m'intéressaient peu mais je sais que les campagnes du Mené étaient tiraillées entre les partisans du pouvoir en place, la République et maintenant l'Empire, et ceux d'un retour à la monarchie d'avant la République.

 

Le souvenir des chouans était très fort, on en parlait encore. On racontait que Picot de Limoëlan, un notable qui habitait dans son château à Sévignac, près du Gouray, avait organisé autrefois avec d'autres un attentat contre Bonaparte pour restaurer le roi. Tout ceci avait laissé des traces dans les esprits. C'était vraiment  les "rouges" contre les "blancs" et les esprits s'échauffaient facilement .

 

Chaque camp avait ses soutiens. Autrefois, la commune avait eu pour maire Pierre Perret, un "rouge" qui avait eu le soutien de l'instituteur, Monsieur Monnier. Malheureusement, quand j'étais jeune, c'est Le Mintier qui dirigeait la commune avec le soutien très actif du recteur Blévin. Il y aurait énormément d'anecdotes, grandes ou petites, à raconter sur l'ambiance politique qui régnait alors dans les campagnes. En tout cas, la population était très divisée.

 

Tout ceci ne nous dit pas pourquoi un gars du Mené, qui se plaît dans sa commune, s'en va un jour en Amérique.

 

J'adorais ma famille et je me plaisais beaucoup au Gouray, mais des évènements avaient eu lieu autour de moi. Mon frère Eugène était mort à 9 ans, alors que j'en avais moi-même 5. La maladie frappait durement les campagnes.

 

Ma curiosité fut aiguisée par les récits de guerre de mon père. Non pas que le métier de la guerre m'intéressait (rire), mais je rêvais aux contrées lointaines dont les paysages et les usages étaient tellement différents de chez nous !

 

Quand j'avais 13 ans, Victor avait été admis à l'école des mousses de Brest et s'était engagé volontairement pour 5 ans l'année suivante alors qu'il n'avait que 16 ans. A 20 ans, il était promu quartier-maître de timonerie et il gagnait suffisamment bien sa vie. Il nous racontait ses journées de marin à terre ou à bord de l'Austerlitz, de la Favorite, du Nielly. A mon tour, la mer me faisait rêver...

 

Alors à 19 ans, j'ai pris la décision de m'échapper un temps de la famille pour découvrir une petite partie de notre vaste monde. Mon choix s'est porté sur l'Amérique, et je suis arrivé en Louisiane en 1887. Je me disais que j'aurais à raconter tant de choses, moi aussi, à mon retour !

 

J'ignore ce que Victor est devenu depuis mon départ, j'aurais vraiment aimé causer avec lui ainsi qu'avec Emile, l'autre marin de la famille.

 

Victor a poursuivi sa carrière de marin. Il est passé second-maître de timonerie en 1897 et s'est installé près d'Alger. Entre Toulon et les campagnes en mer, son centre de gravité est devenu la Méditerranée.
Quant à Emile, il n'a pas eu cette chance. Il est mort en 1889 chez vous au Gouray de la fièvre jaune au retour d'une campagne coloniale en Asie et en Afrique...

 

La mort d'Emile me rend très triste. Je demandais régulièrement de ses nouvelles car je ne savais jamais où lui écrire.

 

Tu as parlé d'un retour prévu, mais il  ne s'est pas fait. Pour quelle raison ?

 

J'avais vraiment l'intention de revenir au Gouray, c'était d'ailleurs une condition de mon départ.

 

J'ai échangé de nombreuses lettres avec mes parents et mes frères et sœurs. Je pensais constamment à ma famille, alors que j'évoluais dans l'univers très nouveau et étrange pour moi de la Nouvelle Orléans.

 

La santé de ma mère Azeline m'inquiétait, et j'avais besoin que l'on m'écrive pour me rassurer. Tout le monde m'écrivait et me répondait, aussi bien mes sœurs que mon petit frère Jean Baptiste qui n'avait alors que 7 ans ! L'école était devenue obligatoire pour lui, ça n'avait pas été mon cas. Visiblement, il se débrouillait bien.

 

Oui, tu te souviens sûrement que l'école est devenue obligatoire en 1882, mais seulement jusqu'à 13 ans, et tu en avais déjà 14. Jean Baptiste a pu poursuivre ses études en entrant à l'Ecole Normale de Garçons de St-Brieuc, ses études étant alors rémunérées. Il est devenu instituteur.

 

Un maître d'école dans la famille, j'en suis vraiment très fier ! J'imagine que les parents étaient comblés de joie.

 

Pour en revenir aux échanges de courrier, je me souviens avoir souhaité une bonne année 1888 par courrier à toute la famille, mais je crains bien que ce fût la dernière fois.

 

Ici à la Nouvelle Orléans, je trouvais plein d'activités à faire. Je louais une petite chambre à l'étage d'une crèmerie qui m'avait embauché, chez Pierre Donnès au carrefour des rues Canal et Cortès. Je me créais un réseau d'amis, mon esprit était excité par ce nouvel environnement.

 

Comment expliquer des choses qui vont te paraître pourtant évidentes : je n'avais jusqu'alors jamais vu une seule personne noire de ma vie ! Victor m'avait seulement dit que lors de ses campagnes d'Afrique, il avait découvert que les indigènes avaient la peau noire, ça se disait aussi dans les villages par chez nous, mais je ne m'attendais pas à en trouver en Amérique. Et ils avaient une sacrée musique !

 

Sans compter l'usage de l'anglais, une langue qui s'imposait et qu'il me fallait apprendre même si beaucoup de gens parlaient français à l'époque, et le climat chaud et humide qui m'épuisait et me changeait tant de celui du Mené...

 

Et puis, il y avait le port et cette ville immense qui vivait beaucoup de la culture du coton, complètement inconnue dans le Mené et en Europe. Le Mississipi, un fleuve incroyablement large arpenté par les vapeurs à roue, et tant d'autres choses qui me prendraient des heures à t'expliquer.

Tu peux bien imaginer que quand je suis arrivé ici, j'étais bin épritoché [bien émerveillé].

 

Rapidement, moi le gars de 19 ans arrivant de la campagne du Mené, je me suis vraiment installé en Amérique. La perspective de revenir au pays me paraissait de plus en plus floue. Sur l'idée d'un retour, j'ai sûrement manqué d'aobiche [de clairvoyance].

 

En 1888, je fus convoqué par le conseil de révision à me présenter à Saint-Brieuc : on recensait la "classe 88". Traverser l'Atlantique pour me rendre à cette convocation me semblait inimaginable. Je ne pouvais pas laisser ici mes activités et mes amis et m'absenter longuement pour une simple réunion de quelques dizaines de minutes ! Il aurait fallu que l'homme ait inventé un oiseau mécanique rapide sur le dos duquel je me serais installé pour traverser l'océan (rires).

 

Par chance, je fus dispensé de congé [service militaire] car Victor était lui-même sous les drapeaux. Mais mes soucis s'accentuèrent rapidement en 88 et plus encore en 89. J'étais sommé de rentrer pour accomplir une période d'exercices militaires et me mettre à la disposition des autorités.

 

Comment ta famille a-t-elle ressenti ton refus ?

 

Forcément très mal ! J'imagine que mon père, légaliste et pensionné de guerre, devait être hors de lui. Je préfère ne pas y penser...

 

Je reçus un jour une lettre de ma mère. J'ignorais alors qu'elle serait la dernière. Les gendarmes étaient venus plusieurs fois me chercher à la maison, me disait-elle, et elle me donnait l'ordre de rentrer d'urgence en France pour me présenter aux autorités militaires, sans quoi elle ne m'écrirait plus jamais. Je reconnus bien là la femme de décision qu'elle était.

 

Et c'est ainsi qu'un jour de 1889, la distance se mua en rupture définitive entre ma famille et moi. J'en ai éprouvé beaucoup de peine, mais mon attachement à mon nouveau pays était devenu plus fort que le reste...

 

Je savais que je ne pouvais plus rentrer en France car j'y aurais été immédiatement jugé et emprisonné pendant 3 à 5 ans. C'était la loi. Ici, j'avais la liberté !

 

Une liberté totale ?

 

Pas tout de suite. J'étais citoyen français, j'avais des devoirs à accomplir et la France était en droit de me chercher, de me trouver et de me faire expulser d'Amérique pour me juger.

 

Pour être précis, j'ai failli me faire attraper en 1890. Sans doute sur le témoignage de ma famille ou d'un habitant du Gouray, on connût ma nouvelle adresse et le consul de France à Philadelphie devina que je me trouvais vers Pittsburg en Pennsylvanie. J'avais en effet changé de domicile, je n'étais plus à la Nouvelle-Orléans.

 

J'appris un jour qu'un communiqué de recherche avait été publié dans le Pittsburg Dispatch, un quotidien local. On y demandait très clairement si la population avait connaissance d'un jeune Alexander Renault natif du Gouray en France ! "Where is young Renault ?" titrait le journal. Aucune confusion n'était possible.

 

Heureusement pour moi, cette démarche échoua et je ne fus plus inquiété.

 

Tu restais pourtant en infraction et sous le coup d'une sanction possible.

 

J'ignore la suite donnée par les autorités militaires.

 

Tu as été déclaré insoumis le 24 novembre 1890, puis de nouveau en janvier 1909. Tu dois bien savoir que la France a mobilisé tous ses réservistes en août 1914 pour un conflit qui dura quatre douloureuses années. Toi-même a été convoqué en novembre 1916 à rejoindre le 74ème régiment territorial, mais j'ignore à quelle adresse a été envoyé cet ordre.
En mars 1917, ton absence a conduit à un nouvel arrêté d'insoumission. Par temps de guerre, cela s'appelle une désertion...

 

Je n'en suis pas étonné. Mais après tout, étais-je encore français au moment des faits ?

 

Si tu avais opté pour la nationalité américaine, les services diplomatiques t'auraient fait retirer de la liste des soldats à convoquer. Cela signifie qu'en 1916 tu avais toujours la nationalité française.

 

Ton raisonnement se tient, mais c'est à toi de vérifier s'il est exact. Tu y arriveras bien !

 

Tu me confirmes que tu as habité Pittsburg ? Un certain Alexander Renault y a épousé Margaret Ottenheimer en 1917. Cela aurait quelque chose à voir avec toi ?

 

Cela m'aurait fait 49 ans le jour de mon mariage... Pourquoi pas ? C'est à toi de trouver ! Je suis bin aise de voir que ma famille d'Europe s'intéresse à moi et que, malgré les fâcheries et les silences d'autrefois, le lien n'est pas rompu.

 

Ce que tu ignores, c'est que cela fait près de 110 ans que l'on te recherche. non pour t'administrer ce que les autorités militaires n'ont pas pu faire, mais simplement saluer celui que tu as été et faire la connaissance de ta descendance.
Victor racontait que tu étais maire d'une ville du Honduras et qu'il avait failli te rencontrer, des voisins du Gouray ont cru t'avoir aperçu  dans un véhicule de l'armée américaine pendant la guerre 14-18 et échangé avec toi en gallo.
Une légende est née, celle de l'homme dont l'image est toujours aussi proche qu'insaisissable. Une légende bienveillante, qui ne fait pas état de reproches... Très bienveillante même, quand on songe aux jeunes gens de la famille qui sont morts ou qui ont été blessés au combat, à commencer par ton frère Jean Baptiste qui a frôlé la mort de peu.

[Long silence] Je n'en suis vraiment pas fier. S'agissant des histoires invraisemblables me concernant, tu sais bien que la légende est un peu une tradition au Gouray, "le village où fleurit le charbon de bois" comme on disait alors.

 

Continue à me chercher. Tu as la volonté, et des outils qui n'existaient pas autrefois pour me trouver.

 

Qui sait, des cousins d'Amérique et d'Europe vont peut-être se découvrir grâce à nous ?

 

 

 

 

 

Entretien conduit le 16 septembre 2022

Mise en ligne : septembre 2022

(c) Jean-Marie Renault, 2008-2022

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