GENEARENAULT

Lettre n° 0 - juillet 2010

La place de Broons, vers 1910
La place de Broons, vers 1910

Edito

 

Le site Genearenault a été créé en 2008. Son objectif était alors de faire état des connaissances acquises sur l'histoire et la généalogie de la famille Renault, implantée dans le Méné (Bretagne) pendant plusieurs siècles.

Vous avez été nombreux à visiter et à lire ce site. A en juger par le nombre de connexions et de téléchargements réalisés depuis l'origine, ce site répond à l'évidence à un besoin. Le glossaire du parler de Trémeur, notamment, semble particulièrement apprécié.

 

Pourquoi l'histoire de la famille Renault ? Parce qu'elle constitue, parmi beaucoup d'autres, le témoignage de l'histoire quotidienne de personnes longtemps anonymes qui, toutes ensembles, ont contribué à forger l'Histoire que nous avons apprise à l'école.

L'Ancien Régime et le Duché de Bretagne, la Révolution, la Grande Guerre, l'évolution des sciences et des techniques peuvent bien sûr s'apprendre dans les livres. Mais cet ensemble peut aussi se comprendre par la découverte de nos ancêtres personnels, de leurs métiers, de leurs domiciles, de leurs déplacements. Tel est le but poursuivi par ce site qui, loin de se limiter strictement à la famille Renault, aspire aussi à s'élargir à l'ensemble et la grande variété de nos racines patronymiques.

 

Mais un site demande à évoluer, à se développer, à s'adapter. Son contenu a besoin d'être rappelé et explicité. C'est pourquoi une newsletter sera désormais proposée et publiée plusieurs fois dans l'année. Elle correspond à ce besoin de lien entre l'évolution du site et l'intérêt de ses lecteurs.

 

Je souhaite qu'elle puisse vous satisfaire. N'hésitez pas à me communiquer vos avis, vos souhaits et, de temps en temps, quelques encouragements !

 

Bonne lecture et à bientôt.

 

Jean-Marie Renault

 

 

Azeline Le Blain, 1898
Azeline Le Blain, 1898

Azeline Le Blain

 

Il y a 100 ans cette année mourrait Azeline Le Blain, terrassée par la tuberculose à son domicile du Gouray, à l'âge de 69 ans.

 

Née en 1841 à Ploeuc (aujourd'hui Ploeuc-sur-Lié, Côtes d'Armor), cette "maîtresse femme" de condition modeste, au caractère affirmé, affronta courageusement les difficultés de la vie.

 

Elle épouse à l'âge de 20 ans Joseph Renault, installé au Gouray et qui tient le café-tabac du village. Quelques temps auparavant, Joseph, qui a 7 ans de plus qu'elle, était revenu  de l'enfer de Crimée où il avait eu un pied gelé au plus fort de l'hiver. Pensionné de guerre, il avait bénéficié du droit prioritaire à exercer le métier de buraliste.

Le Gouray garda longtemps la mémoire de "José", de sa démarche difficile et hésitante, de ses innombrables histoires et souvenirs d'Orient, de sa silhouette au petit matin dans le cimetière où il venait saisir un lapin pris dans un collet interdit, de la précision de sa "gaochette" (main gauche) avec laquelle il parvenait, en lançant un caillou, à faire tourner la girouette de l'église paroissiale.

Azeline Le Blain (centre) au mariage de sa fille Olympe Renault (à sa gauche). A sa droite (cravatte), Jean-Baptiste Renault à l'âge de 18 ans.
Azeline Le Blain (centre) au mariage de sa fille Olympe Renault (à sa gauche). A sa droite (cravatte), Jean-Baptiste Renault à l'âge de 18 ans.

Le handicap de son mari la conduisit à assumer souvent seule l'éducation de leurs huit enfants. Sans revenus importants, sans soins de proximité, sans confort particulier, la vie quotidienne à dix personnes imposait à Azeline d'être présente et résistante.

 

Dans un tel contexte, voir ses fils partir marins sur la Royale constituait une assurance de revenus pour eux et de moindre charge pour le foyer. C'est ainsi que Victor, Alexandre et Emile quittèrent le domicile familial. Quant à Jean-Baptiste, il devait s'orienter plus tard vers l'Instruction Publique et devenir instituteur.

 

Quand Alexandre eût 18 ans, elle exigea de lui qu'il revienne au pays pour faire son "congé" (service militaire). Devant le refus de celui-ci de quitter l'Amérique qu'il découvrait, elle le menaça de cesser toute correspondance, et de lui interdire de revenir un jour. La mère et le fils avaient un caractère bien trempé : cet épisode scella la rupture définitive d'Alexandre avec les siens.

 

Azeline Le Blain dût affronter en peu de temps le décès de son fils Emile, mort à 19 ans de la fièvre jaune contractée au Sénégal, de son mari, de sa fille aînée Marie morte à 35 ans de la tuberculose, puis quelques années après de sa fille Olympe, morte à 31 ans de la même maladie. C'est celle-ci qui devait à son tour l'emporter.

 

Au terme d'une vie pleine de vigueur, couchée dans son lit dans l'attente de son décès imminent, Azeline se fit montrer une dernière fois ses petits-enfants. Méconnaissant les règles d'hygiène les plus élémentaires de nos jours, on lui présenta avec chaleur mais sans aucune précaution chaque enfant qui se trouvait à proximité, lui laissant le temps d'un commentaire sur chaque visage, juste le temps de s'en souvenir à jamais.

 

Par miracle, aucun enfant ne devint à son tour "poitrinaire".

Le 21 juillet 2010.

(c) Jean-Marie Renault

(c) Jean-Marie Renault, 2008-2017

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