Correspondances de guerre, 1914-1918.

24 octobre 1914

Le 14 octobre 1914, 2 h soir
Ma chère femme,
Deux mots pour te dire que je suis assez bien, j'ai du repos pour 6 jours, et je ne sais ce que l'on fera de moi ensuite. Un grand bonjour à M. Leduc et à Marthe. Mille bons baisers à petit Jean et à Marie, ainsi qu'à toi-même. 
[signé] JB Renault

Madame Renault
Directrice d'école
Trémeur par Brôons
(Côtes-du-Nord)

29 octobre 1914

Le 29 octobre 1914, midi.

Ma chère femme,
Jusqu'ici, je n'ai reçu aucune lettre depuis mon départ, j'en suis très ennuyé. Tes lettres ont dû aller au front puis retourner au dépôt. Je suis ici jusqu'à mardi midi, 3 novembre. Je vous embrasse tous bien affectueusement.

JB Renault, sergent au 361ème
Creil (Tremblay, Oise).

Écris-moi par retour du courrier.

5 novembre 1914

[à son fils Jean âgé de 6 ans].

Le 5 novembre 1914,

Mon cher petit Jean, 
Merci de ta gentille lettre d'hier.Travaille toujours bien en classe. Sois sage et obéissant à la maison, gentil envers maman, Marie, Marthe et papa sera heureux.
Ton petit papa qui t'embrasse bien fort.

24 novembre 1914

[à sa fille Marie].

Le 24 novembre 1914,

Bien chère petite Marie,

Je suis toujours au même endroit. Je te remercie de ton aimable lettre et heureux que tu travailles toujours bien. Je suis certain d'ailleurs que tu continueras et que tu seras toujours bien docile.
Je t'embrasse de loin.
Ton papa qui t'aime.

[à son fils Jean]

Le 24 novembre 14,

Mon cher petit Jean,

Merci de ton aimable petite lettre. Je suis content que tu sois le premier. Je pense que tu es docile, obéissant à maman et à Marthe.Garde cette carte où sont photographiés trois grands soldats.

Ton papa qui t'aime.

4 décembre 1914

[à son fils Jean]

Le 4 décembre 1914,

Mon cher petit Jean,
Ton papa est bien content de savoir que tu travailles toujours bien et que tu sois toujours le premier. Je pense bien souvent à toi et à tes gentilles caresses. sois toujours gentil et docile, cela me fera plaisir.

Ton papa qui t'aime.

13 décembre 1914

[à sa femme Augustine]

Creil, le 13 décembre 1914,

Ma chère femme,
Je pars pour le front ce soir, je t'écris de la gare. Bon courage, ne crains rien. Peut-être te reverrai-je avant longtemps. 
Ton petit homme qui t'aime.
Un bien gros baiser à petit Jean et Marie.

15 décembre 1914

[à son fils Jean]

Le 15 décembre 1914,

Mon cher petit Jean,
Je retourne ce soir au front. Avant de partir, je t'embrasse bien fort, et souhaite que tu sois content de la visite du père Noël.
Ton papa qui t'aime.

29 décembre 1914

[à son fils Jean, qui vient d'avoir 6 ans, carte envoyée le 29 décembre 1914]


Mon cher petit Jean,
Je t'embrasse bien fort à l'occasion de la bonne année et j'espère que tu seras toujours obéissant comme par le passé.
Ton papa qui t'aime.

21 mars 1915

[à sa fille Marie, à l'occasion de son anniversaire].
Le 21 mars 1915
Ma chère petite Maby,
Je te souhaite un bon anniversaire, beaucoup de chance et de plaisir ; amuse-toi avec tes compagnes, cours, saute au grand air et au soleil, et je serai bien heureux de te trouver toujours grande et forte. continue à être toujours sage, gentille et travailleuse comme par le passé. Dis à ta maman de fêter gaiement tes dix ans ; ce sera comme si j'étais là. Nous nous retrouverons plus tard et nous fêterons de nouveau ton anniversaire.
Je suis bien content quand je reçois une longue lettre de ma petite Marie. Embrasse pour moi ta maman chérie. Ton petit papa qui t'aime bien fort.
JB Renault

25 mai 1915

[à son fils Jean]
Le 25 mai 1915
Un grand bonjour de ton papa qui pense souvent à toi.
JB Renault

16 juin 1915

[de son beau-frère François Créhalet, habitant St-Brieuc, après une visite à sa belle-mère Reine Vitel habitant Liscorno en Lannebert et une messe en mémoire de Félix Vitel, marin noyé dans le naufrage du cuirassé Bouvet, touché par une mine ottomane le 18 mars 1915 dans le détroit des Dardanelles].].

Lanvollon, 16 juin 1915
Cher frère
Nous sommes ici en excellente santé, moi et les enfants pour le service de Félix. J'ai reçu ta lettre du 10 mais je suis pressé d'avoir de tesnouvelles, après les événements du 12-13. Ton colis part demain. As-tu reçu ton tabac et ton papier à lettres. J'espère que oui.
Bons baisers de tous.
F. Créhalet

5 juillet 1915

[à son fils Jean. La photo représente la cuisine de campagne, Jean-Baptiste est assis sur le cheval].

Le 5 juillet 1915,

Bonjour de papa qui pense souvent à son petit Jean.
JB Renault

11 juillet 1915

[de sa fille Marie, 10 ans, dite Maby]
Trémeur, le 11 juillet 1915

Mon cher papa,
L'autre jour nous avions reçu ta carte. Ce matin nous avons reçu ta lettre datée du 7. Nous sommes très contents de savoir que tu vas venir passer 4 jours à Trémeur. Ernest [Bertin] est ici jusqu'à ce soir. Emile Colleu n'a pu avoir de permission pour aujourd'hui.
Maman va prévenir toute la famille et Marthe [amie de la famille, bonne et nourrice de Jean, habitant Languédias] aussi je pense. Maintenant je vais au catéchisme.
Je termine en t'embrassant bien tendrement. Ta petite qui pense souvent à toi.
Maby.

25 juillet 1915

[de sa femme Augustine à J.B. Renault, sergent au 361ème d'infanterie, 17ème compagnie, secteur postal 133]

Dimanche 25 juillet 1915
Bons baisers de nous trois et à bientôt.

Augustine.

26 juillet 1915

[à sa fille Marie, 10 ans, dite Maby]
Le 26 juillet 1915

Ma chère petite Marie,
J'espère avoir le plaisir bientôt de te revoir, nous aurons tous du plaisir et nous serons heureux. sois toujours gentille comme par le passéet ton papa sera bien content.
Ton petit papa qui t'aime.
JB Renault

8 août 1915

[à ses enfants Jean et Marie, avec le texte "Qu'est-ce qu'un Boche ?"]
8 août 1915

Bonjour de papa qui pense à vous et espère vous voir bientôt.
Votre petit papa qui vous embrasse très fort.

JB Renault

14 septembre 1915

[à son fils Jean, 6 ans et demi]
Le 14 septembre 1915

Bonjour de papa qui t'aime et pense souvent à toi. Travaille bien en classe et sois sage.
Ton petit papa.
JB Renault

22 septembre 1915

[de son ami Baptiste Geffray, buraliste à Trémeur, également mobilisé sur le front]

Le 22 septembre 1915

Cher ami,

Je pense que vous êtes retourné aux tranchées continuer le triste métier que l'on mène depuis 14 mois. Les permissions sont bien courtes mais ça fait toujours plaisir de revoir les siens. Je serais heureux d'aller faire un tour à Trémeur moi aussi depuis plus de 9 mois que j'en suis parti.
Enfin je n'ai pas beaucoup à me plaindre car je n'ai pas encore été au danger et j'espère que dans un mois ce sera mon tour s'il ne m'arrive pas de malheur. Nous continuons toujours l'éternel voyage. Nous avons quitté la Meuse et nous sommes dans la Marne, cette fois tout proches de la ligne de feu, et je pense entrer en action dans les jours.
Bonne santé et la plus cordiale poignée de main d'un ami.

Geffray.

30 septembre 1915 : Jean-Baptiste blessé par un obus

[Jean-Baptiste Renault blessé au front, le 28 ou le 29 septembre 1915 sous une pluie d'obus pendant l'offensive de la Marne, s'en est sorti miraculeusement. Il est évacué du front. On saura bientôt qu'il a reçu des éclats d'obus dans les reins et qu'il devra être soigné et éloigné du front durant plusieurs mois. Carte adressé à sa femme Augustine].

Le 30 septembre 1915

Ma chère petite femme,
Il est 10 heures du matin, je suis dans le train qui doit m'emmener où ? voilà la question. Je ne saurai pas avant ce soir ou demain matin. Je te tiendrai au courant. Je ne vais pas trop mal. Je ne souffre que des reins et un peu des jambes ; c'est peut-être seulement des courbatures mais la commotion a été forte. il n'y a pas, je pense, de complications internes, le repos seul pourra me guérir. Enfin, je l'ai échappé belle, car c'était une pluie d'obus et on se demande comment on n'y est pas resté. C'est égal, les boches en voient de plus dures.
Bons baisers de ton petit homme qui t'aime.
JB Renault

21 novembre 1915

[à sa fille Marie, 10 ans]
Moisselles, le 21 novembre 1915

Je viens de recevoir ta carte de jeudi avec la lettre maman. Elle m'a fait plaisir. Tu es très gentille. Dis à maman que je lui écrirai demain, embrasse la pour moi. Je vais toujours la même chose. Je t'envoie la petite infirmière et le petit artilleur. Si ces cartes te font plaisir, je t'en enverrai d'autres.
Ton papa qui t'aime et t'embrasse.
JB Renault

(c) Jean-Marie Renault, 2008-2017

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