Le travail du lin en Goëlo.

 

Au moment de leur mariage, Louis JAN est tisserand comme son beau-père et peut-être son père, et Marie Jeanne est filandière.

En cette fin de XVIII° siècle, l'économie est encore dominée par le travail du lin. Même si le centre de l'activité linière est désormais situé plus au sud (Quintin, Uzel), le Trégor et le Goelo continuent de produire énormémment de lin ainsi qu'une toile estimée. Lanvollon constitue un marché linier réputé.

Si cette plante donne tous les ans une magnifique parure bleue à la campagne au moment de sa floraison, c'est une bien maigre consolation au regard de la peine qu'on a à la cultiver puis à la préparer.

 

On ne fauche pas le lin, on tire dessus par poignées entières pour l'arracher avec ses racines. Toute la famille, tous les amis sont mobilisés. Le rouissage qui suit la récolte est aussi pénible pour tous : il faut immerger les plants dans la rivière suffisament longtemps afin qu'un début de fermentation commence à dissocier les fibres, puis les étendre sur les champs pour parachever la putréfaction de tout ce qui n'est pas fibreux ou coriace. Des rinçages fréquents sont nécessaires. Les eaux du Leff sont fortement sollicitées à cette époque et il règne dans les prairies, près du fleuve, une odeur pestilentielle de beurre rance.

Le rouissage achevé, la tâche n'est pas finie pour autant. Il reste à se débarasser des écorces afin de ne conserver que la fibre intérieure des tiges et des racines. Tel est le but du teillage.

Cette activité jouit d'un statut un peu particulier. Elle est plus noble que les précédentes et donne l'occasion de se réunir en groupes et de se raconter des histoires et des contes. C'est surtout un travail d'hommes. Geneviève Massignon a réalisé une collecte intéressante d'une trentaine de ces contes, malheureusement entièrement dans leur version française [1].

La dernière tâche consister à filer le lin. Ce travail est réservé aux femmes, les filandières, qui sont nombreuses dans la famille.

Lorsque le fil de lin est prêt, il reste alors à le tisser pour en faire de la toile. Les tisserands sont très nombreux à Gommenec'h et à Goudelin chez les Jan, les Rohan, les Brient, les Vitel, autant de familles dont nous descendons.

L'activité linière survivra jusque vers 1840.

 

 


[1] G.MASSIGNON, Contes traditionnels des teilleurs de lin du Trégor, Paris chez Picard 1965.

(c) Jean-Marie Renault, 2008-2017

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