Comment vit-on à Goudelin au XVIII ème siècle ?

       Les documents paroissiaux nous signalent souvent l'existence d'escuyers de père en fils et autres nobles ruraux, jouissant probablement d'une haute considération et d'un grand respect.

      Ernest Renan fait état dans ses souvenirs de jeunesse du rôle social important de cette petite noblesse dans les paroisses du Trégor et du Goelo peuplées par ailleurs presque exclusivement de laboureurs et de tisserands. Elle est presque la seule à connaître la langue française et à en faire usage. L'émergence de cette noblesse locale a été favorisée par la disparition de la famille de Goudelin, plusieurs siècles auparavant, tragique conséquence de la guerre de succession de Bretagne.

       Il existe sur le territoire de la paroisse quelques lieux nobles qui sont souvent de modestes manoirs ou des fermes un peu oppulentes : Lesquildry, Runambert,  la Grand'Ville, Kêrcongar. Là vit une petite aristocratie entièrement inféodée à la puissante chatelenie de Coatmen.

       C'est cette dernière qui règne véritablement sur la région. Elle tient sa juridiction à Kêrgadiou, le long du "hent meinek", la voie gauloise pavée. Elle a droit de haute justice en possédant le privilège de pouvoir condamner à mort, le gibet se tenant à quelques pas de la chapelle N.-D. de Liscorno sur la place publique nommée Plasenn ar Justiz.

 

       Entièrement inféodée à ce pouvoir judiciaire, politique et financier, l'immense majorité vit dans une grande pauvreté. La culture du lin fournit l'activité principale et l'existence d'une flotte marchande nombreuse favorise le développement de cette économie.

       Le travail ne manque pas et la campagne est très peuplée.

 

       Toute la population ne parle que breton, et il faudra attendre encore 100 ans ou plus pour que le français entre très progressivement dans les foyers.

 

       La mort est un fait ordinaire. Atteindre un grand âge est réservé à certains, choisis au hasard des maladies ou des accidents de la ferme. Les vieux inspirent le respect : il est presque surnaturel qu'ils aient tant vécu. La mortalité des nouveaux-nés est considérable, et il est fréquent que l'on redonne à un nouvel enfant le prénom d'un petit qui vient de disparaître.

       En 1742, un jeune mendiant de 9 ou 10 ans, inconnu de cette paroisse, est trouvé mort. La même année, c'est une mendiante de 50 ans qui décède de la maladie chez une femme qui lui a offert l'hospitalité. De temps en temps on trouve un cadavre inconnu au détour d'un chemin creux, des enfants se noient dans le Leff. Les Bretons vivent avec la mort et la maladie pour compagnes. Pour tenter de se prémunir contre l'Ankou et sa faux, ils la tournent en dérision. C'est à cette époque que le folklore lié à l'Ankou est à son apogée, car il rend les gens plus solidaires et plus proches les uns des autres.

 

       Il n'y a pas, ou peu, d'exclus. Si les mendiants sont assez nombreux et particulièrement démunis, on leur offre facilement l'hospitalité. Quant aux fous, ils restent hébergés chez leurs parents, tel Pierre Geort qui meurt chez son père à 34 ans "sans avoir jamais eu l'usage de la raison".

 

       La foi religieuse est forte comme partout ailleurs en Bretagne. La paroisse est administrée de près par son Person Du et son Person Gwen qui se relaient régulièrement.

       Un moment fort de l'année est constitué par le pardon de N.D. de l'Isle -Intron Varia 'n Enez-, dont il sera question plus loin, en raison de ses particularités qui l'ont rendu célèbre dans tout le Trégor et Goelo.


(c) Jean-Marie Renault, 2008-2017

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